.En tant que membre d’un CODIR, vous le ressentez au quotidien : mener un changement (transformation numérique, réorganisation, pivot stratégique) ne ressemble jamais à un long fleuve tranquille.
Vous demandez à vos managers d’être performants aujourd'hui tout en préparant demain, d’être des agents du changement tout en subissant eux-mêmes les contraintes de ce changement.
Face à ces injonctions contradictoires, la tentation naturelle est de vouloir "trancher" ou "résoudre" le problème. Pourtant, la recherche montre que chercher à éliminer ces tensions est une erreur qui génère de l'anxiété et nuit à la performance globale
Traditionnellement, face à un paradoxe (ex: qualité vs rapidité), nous tendons vers une logique défensive du type "soit l'un, soit l'autre" (either/or).
On choisit un pôle au détriment de l'autre, ce qui apporte un soulagement à court terme mais renforce les blocages à long terme.
La maturité d'une direction réside dans sa capacité à adopter une posture "Et / Et" (both/and). Il ne s'agit pas de résoudre une contradiction, mais de piloter une tension permanente pour la rendre créative.
Pour que votre ligne managériale transforme le quotidien en plus-value, elle doit d'abord savoir ce qu'elle manipule. Selon les sources, les managers de PME/ETI font face à trois types de paradoxes majeurs :
• Le paradoxe de Performance : L'écartèlement entre le "Business as usual" (faire tourner la boîte) et les exigences du projet de changement.
• Le paradoxe d'Appartenance : Le manager est à la fois celui qui doit vendre le changement à son équipe et celui qui doit en accepter les conséquences personnelles (destinataire).
• Le paradoxe d'Organisation : Le besoin de laisser de l'autonomie aux équipes tout en maintenant un contrôle rigoureux pour garantir la stratégie
Stratégies d'adaptation :
passer de la survie à la plus-value
Les cadres intermédiaires déploient naturellement des stratégies pour "survivre" à ces tensions. Votre rôle est de les soutenir pour que ces efforts deviennent des leviers de performance :
• Légitimez l'ambiguïté : Expliquez ouvertement les tensions. Si un manager sait qu'il est normal d'être "écartelé", son anxiété diminue et sa capacité à proposer des solutions locales augmente.
• Encouragez l'ajustement discursif : Laissez vos managers "traduire" vos décisions stratégiques en termes opérationnels acceptables pour le terrain. C'est cette fonction de médiation qui maintient la cohérence du système.
• Favorisez l'ondulation et l'oscillation : Permettez-leur de gérer leur temps de manière non linéaire. Parfois, il faut s'extraire physiquement du quotidien pour avancer sur le changement (ondulation), d'autres fois, il faut savoir "éteindre le feu" opérationnel avant de revenir au projet (oscillation).
Dépasser les tensions par le "Sense Making"
La véritable plus-value émerge lorsque les managers réussissent à reformuler la tension pour créer une synergie nouvelle.
C'est ce qu'on appelle le dépassement.
Par exemple, ne plus voir la relation client comme une contrainte de production, mais comme un "tandem" où chaque pôle nourrit l'autre.
En favorisant une démarche réflexive, vous aidez vos managers à ne plus subir la réalité, mais à devenir des acteurs qui co-construisent des solutions innovantes face aux demandes incompatibles.

En conclusion :
Les paradoxes sont comme la météo : ils sont inévitables. Une direction qui cherche à "supprimer la pluie" s'épuise. Une direction qui apprend à ses cadres à "naviguer sous la pluie" transforme une contrainte climatique en un avantage compétitif.
Protection et légalité