Mes activité liées aux approches dévelopementales de l'Humain et des organisations m'amènent à encadrer des supervisions didactiques d'accompagnateurs au changement.
Voici le compte rendu de la dernière séance collective. Je la partage ici parce qu'elle touche aussi le coeur de tout accompagnant :
3 Leçons de Posture issues du Systemic Club
Retour du Systemic Club du 7 janvier
En tant que coachs ou accompagnants, nous portons souvent un fardeau invisible : la pression du résultat. Nous croyons que pour être utiles, nous devons comprendre vite, poser la question miracle et "débloquer" notre client. La session 4 du Systemic Club nous a rappelé une vérité contre-intuitive : parfois, c'est justement cette volonté d'aider qui fige le système.
Hier, lors de notre séance d'entraînement et de supervision en direct, nous avons assisté à un cas d'école fascinant. Un coach (F) face à une cliente (S) prise dans un récit de rejet. Ce qui s'est joué entre eux nous offre trois clés fondamentales pour tout praticien de l'approche systémique et constructiviste.
1. L'Isomorphisme : Quand le coach vit le problème du client
C'est l'un des concepts clés de la seconde cybernétique : l'observateur n'est pas extérieur au système, il en fait partie.
Durant la séance, S racontait une histoire où elle se sentait "lourdée" (rejetée) sans explication claire dans un contexte de bénévolat. Face à elle, F s'est mis à ramer. Il cherchait ses mots, se sentait "lourd", avait l'impression de "faire faux". Ce n'était pas un manque de compétence de sa part. C'était une résonance.
L'apprentissage : Ce que vous ressentez en séance (confusion, lourdeur, agacement) n'est pas un "parasite" à éliminer. C'est une information structurelle. Le coach vivait dans l'exercice exactement ce que la cliente vivait dans sa vie : une relation floue où l'on ne sait pas quelle est sa place.
Le bénéfice du Systemic Club est d'apprendre à repérer cet effet miroir en temps réel pour ne plus le subir, mais l'utiliser.
2. Le piège du Récit (Constructivisme)
S est arrivée avec une conviction : "J'ai un problème, je me fais rejeter". Le réflexe naturel est de plonger dans ce récit pour le réparer : "Pourquoi ? Comment ? Qu'as-tu ressenti ?".
Mais le constructivisme nous enseigne que le problème, c'est le récit lui-même. Tant que le coach valide la gravité de l'histoire en cherchant des solutions complexes, il renforce la réalité du problème. Lors de la supervision, nous avons vu que le déblocage ne vient pas de certte analyse , mais d'un changement de cadre.
Le problème n'était pas le rejet, mais l'absence de transaction claire (le fameux "chèque" manquant ou symbolique).
L'apprentissage : Nous ne sommes pas là pour acheter l'histoire du client, mais pour questionner la manière dont cette histoire est construite. Parfois, la solution consiste à réaliser qu'il n'y a rien à réparer, juste un cadre à re-stipuler.
3. Ralentir pour créer du mouvement
La tension est montée dans la séance quand le coach a tenté d'accélérer pour trouver une solution. La tension est retombée quand, guidé par la supervision, il a accepté de ralentir, de ne pas savoir, et de verbaliser son propre inconfort.
C'est le paradoxe systémique : moins le coach essaie de "pousser" le système, plus le système trouve ses propres ressources pour bouger. En acceptant le vide, on laisse la place au potentiel contenu dans la situation d'évoluer .
Le Systemic Club : Un dojo, pas une salle de classe
Cette session illustre parfaitement la vocation de notre communauté. On ne vient pas au Systemic Club pour accumuler de la théorie théorique. On y vient pour :
Désapprendre les réflexes de "sauveur".
S'entraîner à la lecture systémique "à chaud".
Bénéficier d'une supervision didactique immédiate qui décortique ce qui se joue dans l'invisible.
Comme l'a montré cette séance, la puissance d'un coach ne réside pas dans sa boîte à outils, mais dans la qualité de sa présence et sa capacité à utiliser la résonance comme une boussole.
Marc Brunet
Formateur certifié Transformational Breath